texte en prose

Un tube trop peu connu et intemporel : « Le pastouriau » !

 

Il y a deux jours, je me suis installé devant la caméra du portable et j’ai chanté « Le pastouriau » a cappella afin d’adresser la vidéo à mes deux petits-enfants, 6 et 3 ans. J’ai fait le même tabac qu’avec mes fils en leurs temps enfantins. Mon fils aîné m’a envoyé un sms agacé me disant que ses enfants lui avaient demandé de me passer en boucle vingt fois de suite. Les drôles m’ont ensuite répondu par une vidéo chantée qui m’a ému.

La chanson m’a toute suite amusé et intéressé. Je la connais depuis la classe de CE1, lorsqu’une vieille fille prof de chant était venue pour la première fois interrompre joyeusement le cours de la monotonie, de l’excessive rigueur, du fayotage imposé, de la contrainte du corps assis immobile, des chiantes prières, et de la compétition obligatoire, que nous imposait à longueur de journées notre institutrice principale à l’école Sainte Ide de Lens …
Nous la surnommions « Mademoiselle Pinson » …
Ses trop rares interventions faisaient exploser le refoulé de la classe. Nous étions enfin libres et joyeux de faire ensemble, de chanter, de rire, et de taper des mains et du pied !
Elle nous avait appris « Le pastouriau », en première approche à dégrossir du tragi-comique de la vie, en nous accompagnant par son jeu au piano et sa voix (tome de) aigrelette (Aiguebelette – Pardonnez-moi la nostalgie de la Savoie me trahit -) qui accentuaient le contraste entre l’allant rapide et fort du refrain joyeux et la lenteur en diminuendo des couplets tristes. Dès lors, certains, dont j’étais pour une fois en premiers de la classe, se sentaient en réussite d’aller plus loin en l’imitant de manière encore plus rigolote pour faire sourire les filles …
De nombreux gamins dont les parents parlaient cht’i à la maison la chantaient la tête haute, comme si le pastiche de son patois rural au milieu des terrils de « ch’Nòrhd » rendait une dignité au parler familial interdit et moqué à l’école, comme naguère la langue bretonne l’avait été aux écoliers sous peine d’un sabot sous le menton …

La chanson a posé en moi de nombreuses notes interrogatives qui m’ont depuis toujours poursuivi.
Un enfant peut-il être ailleurs que là où son père l’a posé ?
Qui est le loup de la plaine qui s’attaque aux plus pauvres ?
Faut-il être un peu con et soumis pour accepter de se faire tondre ?
Toute demande d’effort d’apprentissage n’est-elle vraiment légitime et éducative que si elle respecte une part de jeu et de culture familiale ?
Le principal n’est-il pas dans ce qui est considéré comme secondaire ?
Etc.

Aujourd’hui, cette chanson, revenue en cette période du fond de mon âge, m’interroge sur ce qu’au fond du fond je ne veux pas perdre.
Une allégresse !
Allons, allons, les z’infins, allegretto !
Troupiaux, troupiaux, je n’en avais biaux.

28 avril 2020

A propos de leblogdelpapet

A publié chez Edilivre un recueil de poèmes "Détournements entre autres"

Pas encore de commentaire.

Ajouter votre réponse

Saffaetcharlotte |
Vis, Vole et Deviens... |
Les lendemains de la poésie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Cheminfaisant56
| Lemeilleurdesblagues
| Autourdelapoésie