texte en prose

Paris Texas

 

J’ai revu, comme vous peut-être, « Paris Texas » de Wim Wenders, il y a quelques jours à la téloche, confinement oblige.
Il tient une bonne place dans ma bibliothèque de films minés par l’intuition de savoir qu’il me faudra du temps, et presque les oublier, pour y revenir sans se presser, afin peut-être de mieux les intégrer.
Les grandes œuvres résistent au temps comme des bombes artistiques à retardement qui rentreraient en résonance sensible avec les détonateurs des évolutions personnelles et sociales ou de leurs souvenirs affectifs …
Les dernières images du film du père au volant de sa bagnole, quittant tranquillement et apaisé son fils et la mère de son fils après le voyage vers leurs retrouvailles, m’ont paru ainsi plus lumineuses que lorsque je les ai vues pour la première fois.
Elles répondent à mon avis à la grande question de savoir quel est le rôle primordial du père à l’égard de son fils lorsqu’il a tout raté de sa vie de couple. La proposition de Wim Wenders (en quête de pères acceptables comme toute sa génération et celles d’après…) me semble simple. Le père peut se promener tranquillement lorsqu’il a reconnu en tant que parent le besoin fondamental du fils d’être avec sa mère, et le doit, s’il est incapable en situation de couple de ne pas la traiter de tous les noms …
L’un de mes premiers boulots a consisté en un remplacement de quelques jours en tant que pion d’internat. Le surgé m’avait d’emblée chargé de « faire la ballade des petits », c’est-à-dire celle des sixièmes et des cinquièmes, soit une bonne quarantaine d’enfants explosifs enfermés toute la semaine dans l’établissement à balader calmement dans la paisible campagne avoisinante …
Je suis parti sur la route avec eux ne sachant comment faire si ce n’est que je ne parviendrais pas à en ramener la moitié en jouant le rôle du chef de troupe. Certains en sont venus à me parler de leurs mères défaillantes de manière dithyrambique. Je les ai écouté longuement tout en devinant que nombre d’entre eux étaient des fils de putes. Et les petits démons se sont métamorphosés en moutons, avec un premier sous-groupe de petits fayots en garde rapprochée, un deuxième plus en avant de taiseux affranchis qui écoutaient les petits, et une avant-garde de libertaires avancés, mes préférés, qui me souriaient gentiment lorsque mon regard leur demandait de rester à portée de vue. Tous ces fils m’étaient reliés par les fils de ma considération à l’égard de leurs mères.
Wim Wenders le filme magistralement. Les bons bergers n’existent vraiment auprès de leurs moutons que par la reconnaissance des liens qui les unissent à leur mère et leurs permettent de grandir.

14 avril 2020

A propos de leblogdelpapet

A publié chez Edilivre un recueil de poèmes "Détournements entre autres"

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