texte en prose

Inscrivez les enfants à un stage de voile

 

Thomas, mon « petit dernier » qui approche désormais la trentaine, avait à l’époque huit ans. Je l’avais convaincu de faire durant l’été un stage d’une semaine à l’école de voile. A la fin de la première journée, il m’avait déclaré tout net qu’il voulait arrêter ce stage qui l’emmerdait, que le temps pourri imposait de rester à terre à écouter des trucs trop théoriques sans être en situation, etc.

Je lui avais fermement répondu en le noyant sous le flot des bonnes raisons à ne pouvoir juger la voile sur une journée, à considérer que ce stage était une chance, qu’il s’était engagé à le faire, qu’il allait se faire des copains, que le mauvais temps l’avait condamné à rester à terre et empêché de connaître le plaisir d’être à la voile sur l’eau.

Le lendemain matin, la nuit portant conseil, il a contourné tous mes arguments en m’accusant de commettre l’erreur grossière et pas tout à fait fausse de projeter mes désirs personnels sur le moins âgé, et donc le plus faible, de mes rejetons :
- Tu me gâches mes vacances. Ce n’est pas parce que tu aimes la voile que je dois aimer la voile, et que tu dois m’obliger à en faire. Jamais tu n’oserais imposer ce que tu me demandes à Antoine ! (son frère aîné adolescent qui sortait tard le soir et ne se réveillait pas très tôt…).

Au retour du deuxième jour, toujours sous le régime d’une météo exécrable et de mon autorité très contestée, il m’a d’emblée traité de fasciste. Ce comédien né a toujours été doué pour me retourner mon vocabulaire et l’intégrer par la suite dans une grande scène contestataire du 2 ! Ce en quoi je lui ai répondu qu’un père fasciste l’aurai envoyé en internat de camp voile para militaire durant toutes ses vacances en le forçant à boire de l’huile de ricin, et que je n’étais sur ce coup là qu’un père autoritaire qui s’écartait pour une fois d’une démarche éducative en général plutôt remarquablement démocratique.

Le lendemain matin, Thomas a franchi un cran de résistance au père despote en s’opposant à moi par un silence d’autant plus pesant et tragique qu’inhabituel chez ce parleur tout aussi charmant que redoutable dans la polémique. J’ai craqué en lui disant qu’il pourrait arrêter ce stage s’il le voulait à la fin de cette troisième journée après s’être fait une petite idée de la voile en étant enfin sur l’eau, le coup de vent étant passé.

En venant le chercher, je me suis amusé à regarder le petit groupe de catamarans d’initiation tentant des arrivées de plage pour le moins mouvementées et drôles. Mais persistait une petite bruine bretonne qui ne présageait rien de bon sur les humeurs à l’ouest du fiston …

Je l’ai vu au loin le sourire aux lèvres, blaguant avec les autres enfants sur leur manière de ne pas savoir s’y prendre pour remorquer ensemble les catas sur la plage, et j’ai su que c’était gagné.

Je me souviens aussi tout particulièrement du regard d’une gamine grelottant sur la plage dans son ciré trop grand pour elle.C’était celui des oiseaux qui ont découvert la liberté du large.

A propos de leblogdelpapet

A publié chez Edilivre un recueil de poèmes "Détournements entre autres"

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