texte en prose

Un peu de Mister Bean

Octobre 62, classe de CE2, à l’école catholique Saint Ide de Lens, la maîtresse se livre à un référendum très orienté dans sa classe en lui posant la question :

- Qui aime le Général de Gaulle ?

Une forêt de bras levés dans laquelle je fais office de seule clairière lui répond.
Au moment même où elle pose la question, je sais que je vais avoir des problèmes, mais je m’abstiens quand même de répondre, poussé tout autant par l’envie de me singulariser que par celle de faire honneur aux positions radicalement antigaullistes de ma grand-mère maternelle qui a particulièrement le Général dans le nez. 
- Levez-vous Monsieur Papet et dites-nous pourquoi vous n’aimez pas le Général de Gaulle !
Je suis terrifié, mais je ne peux plus reculer. Rouge de timidité, je bafouille en joignant le geste à la parole :
- Parce qu’il a un grand nez.
Rire général, et retournement immédiat d’opinion de tous les moutons de la classe. 
Mes parents seront convoqués par la Directrice…

Avril 70, je frime sur ma mobylette en allant au lycée. Sur le trottoir, une jolie lycéenne un peu penchée en avant montre la première rangée de dentelles de son « panty ». Je détourne la tête en me penchant aussi un peu pour zyeuter sa deuxième rangée de dentelles. 
Je me marre en faisant semblant de me questionner sur la marque de son panty. De marque Adidas, il pourrait me permettre de deviner toujours plus haut une dernière bande …
La voiture de devant freine.
Et, je me retrouve avec une roue avant en huit, obligé de traîner ma honte durant quelques kilomètres…

Janvier 1990, je suis embauché sur un poste sérieux en relation directe avec le grand DG de la boîte, un « X-ponts » encore plus sérieux. 
Je suis infoutu de retenir la suite des boutons qu’il faut enfoncer pour envoyer un fax depuis son secrétariat. Tout le monde dans boîte sait que c’est moi qui est collé des pastilles numérotées en dessous des touches pour m’y retrouver. Je me fiche d’être chambré, assumant ma différence avec tous les géomètres texans aptes à calculer à la vitesse de la lumière le nombre de pattes des vaches de leurs concurrents…
Je me retrouve dans son secrétariat pour adresser un fax. Le DG sort la tête et me vois tapoter sur les pastilles. Il retourne dans son bureau. Je l’ai entendu rire pendant un bon quart d’heure.

Il n’y a pas si longtemps. Au volant de ma vieille voiture, je veux traverser le bois de Vincennes et me retrouve à l’arrêt bloqué dans une longue file de voitures.
Une pluie de marrons s’abat sur ma seule bagnole. Ma compagne me regarde en silence en levant les yeux sur le mode « Cela ne peut qu’arriver qu’à toi ». Je lui réponds par un haussement d’épaules faussement résigné.

Dans ma vie, j’ai beaucoup lutté contre Mister Bean et suis souvent parvenu à donner l’image du mec responsable et raisonnable que je suis pour une bonne part. Il m’a souvent rattrapé et je peux vous raconter une bonne centaine d’historiettes de ce genre.

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous dire en dernière partie de la représentation que c’est la dimension « loufe » qui m’intéresse en chacun d’entre nous.

Vive Monsieur et Madame Bean !

A propos de leblogdelpapet

A publié chez Edilivre un recueil de poèmes "Détournements entre autres"

2 Réponses à “Un peu de Mister Bean”

  1. Le 5 avril 2018 à 16 h 39 min 010446g a répondu avec... #

    C’est bien ce qui fait le charme de chacun!
    Bravo!

    Dernière publication sur le radeau du radotage : Mépriculture

  2. Le 5 avril 2018 à 13 h 02 min coucouvousunblogfr a répondu avec... #

    Merci !! Les misters et missis Bean enjolivent notre quotidien !!! quand nous avons le bonheur d’en croiser!

    Dernière publication sur chroniques variées : pas joli mois de mai

Ajouter votre réponse

Saffaetcharlotte |
Vis, Vole et Deviens... |
Les lendemains de la poésie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Cheminfaisant56
| Lemeilleurdesblagues
| Autourdelapoésie