texte en prose

J’ai été collabo.

 

En relisant mes petits « post » sur ma vie passée, je constate que je me suis donné trop souvent le beau rôle. Ma vérité a été pourtant parfois moche et l’écriture ne peut l’occulter sous peine de déraper dans les pires laideurs de l’auto panégyrie.
En 2005, mes mobilités professionnelles, souvent liées à mes difficultés à concéder et/ou à ne pas pouvoir m’empêcher de contenir les vérités qui ne sont pas toujours bonnes à dire, m’ont amené à être chef de service d’un Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile (CADA), employé par une association nationale que nous surnommerons Tamtam dont je ne jamais compris comment l’un ses fondateurs, un mec pourtant intelligent, que nous appellerons Esel (nul n’est d’appellation parfaite), ne se soit pas indigné qu’elle puisse sonner parfois aussi faux …
J’ai découvert en prenant ce poste que ce CADA important hébergeait une dizaine de familles déboutées du droit d’aile depuis deux ou trois ans, la chose s’expliquant par la conjugaison du faible taux d’admission au statut de réfugié, du manque de direction et d’absence de personnel n’ayant pas permis de les « orienter » vers les hôtels du 115, orientations au demeurant très peu soutenues par la DDAS, en raison de la saturation des desdits hôtels.
Mon Directeur de l’action territoriale (qui dira, tous secteurs confondus, combien de si utiles directions opérationnelles de proximité ont été supprimées et très mal remplacées par des directions de l’action territoriale ?), suivant les directives de l’association, elle-même aux ordres de Sarkozy, m’a demandé de « faire sortir les déboutés », en m’annonçant que l’indemnité de subsistance leur serait supprimée, et que je devais faire en sorte qu’ils acceptent l’indemnité de retour volontaire en commençant
Sachant leur retour au pays impossible, je lui ai déclaré que je ne pourrai réaliser ses objectifs. En revanche, je savais ce que signifierait la fin de l’indemnité de subsistance pour les familles ne travaillant pas au noir… 
Certes, j’ai très bien résisté, mobilisé, magouillé et obtenu des résultats inespérés. Six mois après, une bonne moitié des familles étaient régularisées par le Préfet du département…
Mais, je n‘ai pas démissionné, me disant qu’il valait mieux que ce soit moi plutôt qu’un autre qui soit à cette place, le temps de rechercher du boulot ailleurs…
Ce genre de recul est le début de la collaboration …
Et il n’empêche que j’ai été le gant de velours de la main d’une politique inhumaine.
Lors de mon pot de départ, lorsque j’ai récité « l’Albatros » en guise de discours, tout le personnel du CADA a compris à la fin de la dernière strophe de mon poème préféré de Baudelaire que je ne le recommencerai pas, quoiqu’il m’en coûte, et qu’il n’y avait pas pire exil que celui de ne pas soutenir les exilés. 
« Le Poète est semblable au prince des nuées 
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. »

A propos de leblogdelpapet

A publié chez Edilivre un recueil de poèmes "Détournements entre autres"

2 Réponses à “J’ai été collabo.”

  1. Le 11 février 2018 à 20 h 45 min chasseurdimagesspirituelles a répondu avec... #

    Ah les concessions que nous avons tous faites,nul n’est vraiment libre en vérité,

    très bonne soirée à toi.

    Dernière publication sur Chasseur d'Images Spirituelles : Quand l'Homme est Homme

  2. Le 10 février 2018 à 15 h 57 min oholibama a répondu avec... #

    Hello
    eh bien! Il fallait le faire, le dire, accompagnés ces gens bien mal lotie,perdu. un autre aurai t’il mieux fait ? La question est posé. Pouvoir se regarder dans le miroir et se dire : » j’ai fais ce que j’aurai aimé qu’on fasse pour moi ». Un jour cette étrange boule que tu as en toi finira par partir. garde le moral.

    Dernière publication sur Nouvelliste. : Ma Priorité.3.( titre en attente.

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