texte en prose

Nous voici debout sur l’arène

 

« Nous voici debout sur l’arène
O France applaudis nos combats
La voix des grands morts nous entraîne
Et la Fédé guide nos pas »
Paroles : Père Bellouard, musique : Gabriel Defrance (qui avait des fonctions au sein de la Garde Républicaine, j’ai oublié lesquelles) -1932-

En 1964, nous chantions a capella ce refrain de l’hymne la Fédération Gymnastique et Sportive de France.
Et c’est sur ce refrain que me revient le souvenir très précis du défilé dans lequel nous avons été embrigadés, cette année-là de nos neuf ans, en tant que membres de la section des « pupilles » de la section de gymnastique de la Valaisienne.
La manifestation, à laquelle participait la totalité des très nombreuses associations de notre bled, se déroulait tout au long de la rue de Paris, et la Valaisienne occupait la rue en lignes de trois. En tête de son défilé venait les mecs (machisme de l’époque oblige), des plus petits aux plus grands, les poussins (les petits), puis les pupilles et enfin les adultes. Venaient ensuite les filles, toujours par ordre de taille croissante. Tout cela se terminait par un magnifique char avec les six anneaux olympiques ceinturés de fleurs en papier crépon de la couleur respective de chacun. Sur le char, des copines s’évertuaient à tenir des poses plus ou moins gymniques que nous trouvions drolatiques…
Le grand chef de la manifestation n’avait rien trouvé de mieux que de nous imposer, Orlando, Basquette et moi, d’être en tête du défilé. En fait, il avait trouvé notre biais pour faire en sorte que la pancarte de la Valaisienne soit bien visible.
Le choix d’Orlando pour porter au centre la pancarte était judicieux Il marchait au pas comme un métronome, était toujours habillé (Tennis, chaussettes, shorts, et maillots blancs avec écusson de la Valaisienne) de manière impeccable et avait un certain leadership sur Basquette et moi qui lui disputions « la coupe », la compétition interne annuelle…
En ce qui nous concerne, le choix à sa gauche et à sa droite était discutable. Je marchais alors sur la pointe des pieds et avait tendance que j’ai gardée à être soit trop en avance soit trop en retard. Quant à Basquette, il savait à peu près rester en ligne, mais son tempérament de Basque bondissant ne pouvait être vraiment mis au pas…
Orlando m’engueulait souvent :
- Nunuche, t’es pas au pas ! -
Je m’étais rebellé à la dixième remarque en lui disant qu’il n’osait pas engueuler Basquette, provoquant au demeurant chez mon ami Basquette un sourire pervers.
Egueuler Basquette aurait été pour lui s’exposer à un cinglant « Ta gueule Orlando » dont il n’aurait pu s’en sortir qu’en préfigurant le chantage gaulliste sur le mode de la chienlit ou moi, en risquant une sortie du défilé qu’il aurait regretté, tant il aimait faire son crâneur avec sa pancarte. Je me souviens encore de la manière magistrale dont il l’avait tournée lors du passage devant la Mairie.
En fin de défilé, la foule des admirateurs et admiratrices étant moins dense, Orlando nous avait demandé de tenir la pancarte.
Réponse à l’unisson de Basquette et de Nunuche :
- Orlando, ta pancarte, tu sais où tu peux te la mettre … -
Ce défilé marque pour moi les derniers pas de l’ordre ancien du sabre et du goupillon et le ressenti de porter en nous la pancarte de sa contestation…
D’ailleurs, avec Basquette, nous avions détourné le refrain de son hymne avec des paroles que je trouve toujours d’actualité, plus d’un demi-siècle plus tard…
« Nous voici debout dans ce bordel
O France applaudis nos combats
La voix des grands morts nous emmerde
Et c’t’enfoiré guide nos pas ».

A propos de leblogdelpapet

A publié chez Edilivre un recueil de poèmes "Détournements entre autres"

Pas encore de commentaire.

Ajouter votre réponse

Saffaetcharlotte |
Vis, Vole et Deviens... |
Les lendemains de la poésie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Cheminfaisant56
| Lemeilleurdesblagues
| Autourdelapoésie