texte en prose

Vive les profs !

 

De nombreux profs doutent de leur rôle. Je voudrai ici dire à celles et à ceux d’entre eux qui en sont en quoi une petite dizaine de profs m’ a été utile.

Le premier est un prof de gym en 6ème (Eh oui, il m’a fallu attendre la 6ème pour en retenir un bon…). À l’époque, gaucher, dyslexique, rêveur, glandeur, hyperactif, je recevais sur mon carnet des appréciations catastrophiques. Son appréciation « élève complet et sympathique » m’avait fait un bien fou parmi toutes les évaluations totalement négatives (« résultats nuls », « travail insuffisant », etc.). Elle m’avait même permis d’arracher un demi sourire à mon père lorsque je lui avais dit que je lui conseillais de retenir celle-là, lui qui ne badinait avec les mauvais relevés de notes …

Le deuxième, toujours alors que j’étais en sixième, est un maître d’équitation d’un petit club perdu au croisement des Yvelines et de L’Essonne. La MJC de la municipalité communiste de la ville de banlieue (merci à elle) où nous habitions proposait d’y faire du cheval pour quelques pièces de monnaie en y emmenant qui en voulait dans un petit car intergénérationnel le samedi en fin d’après- midi. Mon père fut dans un premier temps catégoriquement opposé à ma demande. Il faut dire que celle se surajoutait à mes pratiques du foot, de la gym et du tennis qui n’étaient pas pour rien dans mon naufrage scolaire… 
Lors de la première reprise, rompant avec tous les académismes de l’apprentissage de l’équitation d’alors, le maître de manège m’a mis en situation de pratiquer le pas, le trot, le galop et le saut d’une barre au sol. Et j’ai compris immédiatement – Et qu’importe si ce fut dans la clandestinité et la fauche de quelques pièces de monnaie ! – tous les plaisirs et les efforts de progression que propose une discipline. Le « situationnisme » qui m’est cher est aussi une pédagogie…

Le troisième est un prof de musique en cinquième. Il nous faisait écouter des morceaux de musique classique et les interrompait en nous demandant des adjectifs pour les qualifier. Il réussissait ainsi à faire de la classe un cadre d’expressions créatives, démocratiques, respectueuses de chacun, tout en nous éduquant l’oreille.

Le quatrième est un prof de dessin en quatrième. Il nous avait demandé de regarder en silence le diaporama de ses photos de la banlieue parisienne et avait stoppé sèchement les premières réactions (« c’est moche », etc.) en exigeant que nous les regardions sans commenter. Chercher à regarder. Quelle formidable invitation !

Le cinquième est une prof d’histoire géo en première C (section scientifique d’alors). Je décrochais alors de ces foutues maths modernes, perdais confiance en moi, en ne sachant pas trop vers quoi m’orienter. Elle avait fait une interro écrite surprise et lors de la remise des copies les délégués avaient gueulé en disant que répondre au sujet n’était pas faisable. Elle avait alors rétorqué que si et qu’elle allait le prouver en lisant une copie. Lors de sa lecture, j’avais trouvé que la copie était vraiment intéressante (en oubliant complètement -ce que je peux être con parfois !- que j’en étais l’auteur). La jolie brune avait terminé sa lecture par un « Je vous remercie Monsieur Papet » qui me laisse encore dans un désir d’émotion éducative inextinguible des décennies plus tard.

Le sixième est aussi un prof d’histoire géo mais là en terminale littéraire (encore merci à la brune). Il était élitiste et nous faisait un cours du niveau de la fac. Mais, il ne renonçait pas pour autant à l’éducation populaire. À son premier cours, il avait ainsi affirmé d’emblée, haut et fort devant toute la classe, un objectif pédagogique concernant le redoublant de la classe : « Monsieur Trucmuche, au bac, vous aurez 10 ! ». Et Monsieur Trucmuche qui n’était pas vraiment une flèche a eu 10 !

Le septième est un prof de français, en terminale également. J’allais à son cours pour le plaisir ayant obtenu des notes plus que correctes à l’épreuve de français du bac en 1ère (faut pas désespérer les (et des) mecs nuls, ils sont à maturation lente). Il parlait brillamment en cherchant constamment à améliorer et à préciser son expression. Il ne se fichait pas des réactions de son auditoire, mais nous savions qu’il pouvait faire son cours devant une salle vide tellement il était emporté par la passion.

Le huitième est le Directeur d’un Institut qui m’a laissé du temps pour y faire autre chose que ce que j’avais à y faire. Je passe l’oral dit de fin d’études devant lui et deux autres profs en ayant à traiter un sujet emmerdant où je suis sec de sec. Je baratine comme je peux avec le peu de beurre que j’ai, laborieusement et médiocrement, en sachant qu’il ne me loupera pas. Effectivement, à la fin de l‘exposé et des questions qui s’en suivent, je me fais recadrer. Il en termine par un sourire en me disant « Monsieur Papet, vous avez du talent. Le problème est que je ne sais pas lequel !». Je lui réponds « au moins celui de vous faire rire ». Chercher le talent que tout élève recèle, voilà aussi et encore une formidable mission !

Le neuvième est un vieux prof de danse, ancien maître de ballet à l’Opéra. Je le rencontre à la trentaine dans le cadre d’un poste professionnel où je commence à me rabougrir. À la fin d’une réunion, il me dit : « Manuel, tu as une sensibilité artistique, n’oublie pas. ». Il est mort du sida quinze jours après. Son affirmation m’aide aujourd’hui à ressentir plus finement que ne le fait grossièrement le bourrin que je suis principalement et à essayer de faire danser sur cette corde quelques mots.

Enfin, le dixième est un instituteur à la retraite. Je l’ai connu sur le net à l’approche de la soixantaine alors que je m’essayais à écrire quelques petits poèmes sur un blog. Je ne les trouve pas fameux et il me faut écrire de nombreuses cliches pour en sortir une que je trouve pas trop mal. Il débarque le premier sur le blog en commentaires encourageants. Son style est limpide. Il est capable de déclamer ses poèmes aux caissières des grandes surfaces en les considérant comme des déesses. Mon maître est génial. Merci Gérard.

A propos de leblogdelpapet

A publié chez Edilivre un recueil de poèmes "Détournements entre autres"

2 Réponses à “Vive les profs !”

  1. Le 29 octobre 2017 à 14 h 46 min chasseurdimagesspirituelles a répondu avec... #

    Les précieuses rencontres balisent notre chemin d’espérance,en conscience éveillent-elles notre devoir d’exigence,quand en leur profonde sagesse nous indiquent-elles que rien n’est maladresse,quand seulement pour quelques mots deviennent-elles professeurs de notre coeur,

    très bon dimanche à toi..

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  2. Le 29 octobre 2017 à 13 h 01 min coucouvousunblogfr a répondu avec... #

    J’en ai également connus et connues !!!
    J’en ai rencontré de très rares de cette trempe au cours de la scolarité de mes fils !
    Et nos petits enfants auront ils cette chance d’en croiser quelques spécimens ???
    Bon WE à toi

    Dernière publication sur chroniques variées : cultiver son optimisme

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