Ailleurs

Rêve du pays d’à-côté

 

Depuis quelques jours, la couleur et les nuages du ciel me rappelait ses ciels d’aquarelles et son regard bleu. Il est venu me rendre visite la nuit dernière. Je conduisais ma voiture et il en était le passager. « Emmène-moi dans ta voiture », m’avait-il imploré, avant de partir de l’autre côté. Nous roulions dans les ruelles  de Pompéi. Parfois, le rêve abolit l’étroitesse des conduites… Pourtant, je n’en menais pas large, seul vivant dans ce pays de silence de  morts où l’on ne communique que par les pensées.  Je lui ai proposé d’aller à une réunion de famille. Il ne m’avait pas répondu, signe habituel chez lui qu’il n’était ni pour ni contre. Les réunions de famille n’étant pas top son truc, je lui proposé d’aller à la recherche de sa mosaïque. Mon père, ayant longtemps refoulé ses dons d’artiste, nous avait confié sur le tard qu’il avait rêvé plusieurs fois d’être le créateur de mosaïques d’un empereur Romain. Là encore, pas de réponse. Une chose est sûre, il faut que je trouve une place de parking parce que je n’en peux plus de risquer ma peau – Merde, j’ai responsabilités d’enfants ! –  dans cette circulation partagée avec les zombies de la conduite italienne. 

J’en trouve enfin une, mais loin de la mosaïque. Je pars en éclaireur pour trouver le chemin le plus direct et éviter une longue marche à mon vieux père. Au bout d’une centaine de mètres, je réalise, bien plus fort que dans le réel, que je suis un quadruple con.

 1 Je n’avais à me séparer de lui en voulant éviter à un grand vieillard les fatigues d’une longue marche. Mon père est mort et s’avère donc désormais un marcheur increvable.

 2 Je suis paumé et ne sais plus comme d’habitude où j’ai garé ma bagnole.  Je me paie d’ailleurs deux secondes d’auto analyse sur mes difficultés récurrentes à m’intéresser aux lieux où j’ai eu trop des difficultés à me ranger des voitures. C’est fou, me dis-je d’ailleurs dans ce rêve, ce que Sigmund influe désormais sur l’interprétation du rêve au moment du rêve !

3 Je ne suis pas suffisamment balèze en transmission de pensées franco italiennes pour demander aux passants mon chemin vers une place de parking dont je n’ai pas noté le nom de la rue.  De toute façon, je préfère me perdre que demander ma route, ne croyant qu’à mon (nous n’avons pas été nombreux à voter pour lui) auto conseil qui hélas ne tient pas la route lorsque je suis à pied…

 4 Je perds le temps précieux d’une relation rare avec mon père au cours d’une rencontre post mortem où je pourrai rêver à mieux que de perdre mon temps à courir comme un dératé dans des directions aléatoires dans l’espoir angoissé de ne pas mettre trop de temps à vaincre la petite mort de ne plus jamais le retrouver.

Je retrouve enfin ma voiture. Evidemment, il s’est tiré. Je le comprends, il est comme moi, pas vraiment du style à attendre longtemps. Mais, je me sens très culpabilisé de laisser seul un vieillard malade dans la fourmilière de la ville.

Je le retrouve enfin. Il est tel qu’il était dans mon enfance, marchant tranquillement dans la rue en revenant du boulot, absorbé par un mot croisé de Robert Scipion.

Il relève la tête, me sourit, et brusque les adieux pour me laisser là dans le plaisir du réveil. Je sais ce que son silence m’a dit et suis rasséréné.

 Je me suis trompé, il n’a pas besoin que je le rassure. Tout comme mes enfants qui, je l’espère,  sauront un jour où l’autre se passer de moi.

 

A propos de leblogdelpapet

A publié chez Edilivre un recueil de poèmes "Détournements entre autres"

Pas encore de commentaire.

Ajouter votre réponse

Saffaetcharlotte |
Vis, Vole et Deviens... |
Les lendemains de la poésie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Cheminfaisant56
| Lemeilleurdesblagues
| Autourdelapoésie