Moqueries, texte en prose

Koh lanta et les trois garçons

Durant l’année 2001 débutait sur TF1 la première saison des « Aventuriers de Koh Lanta », jeu filmé d’aventures en pleine nature dans un décor de rêve au bout du monde dont le ressort dramatique reposait sur le suspense et ses émotions abondamment dramatisés et commentés d’une compétition de réels masos en conquête du droit à la survie vers le pouvoir solitaire et ses gratifications monétaires.

La sélection des concurrents, des français citadins moyens, plutôt sportifs, en quête à quelques heures d’avion de surpassement et de dépaysement de leur vie ordinaire en tenue de commando décathlon et foulards badenpowelliens, s’effectuait, pour la première partie, par leurs adaptations sélectives à la nature hostile ainsi que par des épreuves débiles le plus souvent très physiques, en dures oppositions claniques, le tout donnant droit aux bons ou aux mauvais sauvages à des récompenses alimentaires ou à peau de zébi.

La deuxième partie, toujours aussi extrême et sérieuse, mais délibérément politicienne et éliminatoire, et donc à prétention moins exotique et plus universelle, plaçait les gladiateurs écolos dans les luttes inter claniques, les changements claniques, la lutte pour les immunités parlementaires et les stratégies d’alliances changeantes entre les plus dégueulasses.

Enfin, chaque épisode se terminait inexorablement, dans un décorum totem et tabou de sous club Med, vers le choix assumé validé par les urnes d’une victime sacrificielle, pas forcément la plus faible mais toujours de facto la plus conne, pour aller d’épisodes en épisodes vers l’ultime survivant, le plus fort et le plus salaud de l’espèce.

Les trois enfants n’étaient pas bien vieux et tenaient absolument à suivre les épisodes. 
Je les laissais faire par faiblesse, ne parvenant pas à les diviser, en espérant à tort qu’ils prendraient par eux-mêmes quelques distances avec l’écran télévisuel de notre belle société.

Un samedi, las de cette espérance pédagogique non directive, j’ai craqué et ai gueulé aux trois garçons que j’en avais plus que marre de les voir subir cette télé réalité d’exhibis pour petits couillons de voyeurs.

Grosse erreur de jeu. J’ai pris un contre immédiat en critiques de toutes mes valeurs en termes de gratuité du jeu, de cuisine au plus près des produits naturels, de plaisirs conquis sur les plaisirs achetés par le consommateur, de savoir perdre, et de vacances rustiques, sportives et participatives.

Les réponses ont fusé sans qu’ils quittent les yeux de la télé.

- On devrait inscrire Papa à ce jeu.

-Il boufferait des berniques.

-Il gagnerait.

-Et avec le fric, on irait à l’hôtel.

En quatre phrases et un immense rire de connivence, j’ai été éliminé. Du coup, l’émission a perdu par la suite beaucoup d’intérêt pour eux (à part, faut pas trop rêver, quelques tentatives de zaps sur l’émission dans l’espoir de zyeuter quelques gesticulations des participantes en slips de bain, voire une bataille dans la boue…).

Comme quoi, l’émancipation collective passe toujours par l’élimination du père…

A propos de leblogdelpapet

A publié chez Edilivre un recueil de poèmes "Détournements entre autres"

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