Inclassable

Tante Jeanne

 

Au milieu des années soixante j’ai connu

Une grand-tante âgée qui venait de Brest

Passer l’été dans la maison de vacances

En contraste d’autre siècle manifeste

Avec mes rêves de Brigitte Bardot

Et de jeunes  filles en petites tenues

Dans le vent de ma prépubère libido

Lancée sur yéyé des modernes fréquences

 

A présent, dans pose plus calme, je pense

Soixantenaire songe autrement à jouir

Au souvenir émouvant habillé de noir

De la grande tante toujours demoiselle

Qui hante mon vieux devoir de créance

Envers femme ancestrale en déboires

Jusqu’à en expier par écrits à accomplir

Désintérêts d’antan pour cette pucelle

 

Trop jeune femme avant la première

Sans dot après jeunesse en hécatombe

En panne de courtisans parmi notables

Froides aux dragues des prolos sans oseille

Elle s’était alors résignée à prières

Qui forcent les belles à rester colombes

Faute de plaire à bourges fréquentables

À se métamorphoser en corneilles

 

Elle refusa pourtant le destin du couvent

Pouvant vivre chichement de maigres rentes

Prenant son jeune frère pour un dieu

Qui se serait  élevé en faisant navale

Et par un riche mariage éprouvant

Pour son orgueil de belle-sœur rivale

D’une épouse moins divine à ses yeux

Ma grand-mère avec elle tolérante

 

Bien sûr, sa touche de Mère Mac’ Miche

Son avarice digne du Père Grandet

Sa surdité, ses protections d’épiderme 

Son refus total de montrer belle âme

Lui donnaient un air vieillot et godiche

Mais je peux aujourd’hui  mieux l’appréhender

Soixantenaire n’aime que mieux les femmes

Par souvenirs de féminités en germes

 

Sous carapace dure de vie monotone

Perçait refoulé de bonnes gourmandises

Petits bonbons et autres mignardises

Dans son sac qui lui servait de banque

Arrêt  à la messe de son sonotone

Quelques regards à la dérobée sur les enfants

Ou sur un vieux cousin à l’air d’éléphant

Renseignaient sur son angoisse du manque

 

Aujourd’hui  la vieille demoiselle brestoise

Me commande de vous présenter l’ardoise

De sa vie en tristesse provinciale

Soixantenaire cède à femme qui chiale

D’écrire à sa place à tous et à toutes

Qu’il faut que filles choisissent d’autres routes

Et j’écris, moi soixantenaire  bonhomme,

Pour sortir de ma condition de médium :

 

« Je ne suis faite pour faire tapisserie

À attendre la vie sur un banc de granit

Mariage soumis  à mâles agaceries

Ma religion m’interdisant libre coït

Je veux danser, étudier, travailler

Conduire une voiture, me baigner nue

Refuser uniformes  noirs de retenue

Vivre et aimer à qualités déployées »

A propos de leblogdelpapet

A publié chez Edilivre un recueil de poèmes "Détournements entre autres"

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